Conte du Rif : Le champ des Djinns

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Portrait de Biya
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Inscription: 2006-07-26 14:48
Conte du Rif : Le champ des Djinns

Il était une fois un pauvre paysan du Rif. Il vivait dans une petite maison de pierres sèches, avec sa femme et son fils. Il assurait péniblement sa subsistance en cultivant de maigres terres. Il avait juste assez de ressources pour manger une fois par jour.<br /><br />Malgré tout, il était heureux.<br /><br />Cependant, tous les jours il passait devant une étendue inculte, qu’on appelait le champ des Djinns. Personne n’osait s’en approcher. En effet, les Djinns ont mauvaise réputation. Tous les jours, il se disait : « si je cultivais ce champ, je récolterais beaucoup de blé, que je pourrais vendre, ensuite je pourrais acheter une belle maison, des vêtements pour ma femme, mon fils mangerait à sa faim… »<br /><br />Un beau jour, il n’y tient plus. Il pose le pied dans le champ et décide d’en enlever les pierres. Au moment où il se penche pour saisir la première pierre, une voix tonitruante se fait entendre : « Qu’est-ce que tu fais là ? » « je vou-vou-voudrais cultiver ce champ », répond-il en tremblant. « Attends, je vais t’aider ». Un djinn apparaît : il est petit, bossu, la peau verte, les oreilles pointues, les canines aigues, plein de verrues sur les oreilles et le nez…<br /><br /> A deux, ils enlèvent les pierres toute la journée. Le lendemain, deux Djinns l’assistent dans son travail. Le lendemain, quatre. Le lendemain, huit. Le lendemain, seize.<br /><br />A ce train là, le travail avance bien. Le champ est bientôt retourné, semé. Entouré d’une foule de Djinns, le paysan travaille dur.<br /><br />Sa femme, cependant, est inquiète. Les Djinns, lui dit-elle, sont dangereux. Cette aventure finira mal. « Mais non, Femme, fais-moi confiance, je sais ce que je fais… ». L’épouse n’ose plus rien dire, tant son mari est irrité.<br /><br /> Le blé pousse. Tous les jours, l’homme va regarder sa future moisson. A la fin, il se lasse : il n’y a rien à faire qu’attendre que le grain mûrisse.<br /><br /> Il se dit qu’il serait mieux dans son lit. Il appelle son fils, lui confie la tâche de surveiller le champ. <br /><br />Mais le fils est très jeune. Il aime jouer. De plus, il est gourmand…il n’y a pas beaucoup de friandises à la maison. Son grand bonheur, ce serait de savourer un grain de blé vert. Alors qu’il le porte à sa bouche, il entend un chahut énorme : les Djinns sont là, qui le regardent. « Qu’est-ce que tu fais là ? » « Je croque un gain de blé vert, c’est si bon ... » « Attends, je vais t’aider ! » répondent en cœur tous les Djinns. Et ils mangent le blé. Bientôt, le champ est dévasté…il ne reste plus un épi intact. Le gamin n’ose pas rentrer à la maison. Que dira son père ?<br /><br /> La mère s’inquiète : le soleil est couché et le garçon n’est toujours pas rentré. A la fin, le père accepte d’aller le chercher. Arrivé près du champ, il découvre la catastrophe. Plus de blé, plus de récolte, plus de richesse, plus rien…tous ses rêves s’évanouissent. Son fils ? Il est là, caché dans un petit trou.<br /><br />Il l’attrape par la peau du cou, il lui colle une raclée.<br /><br />La terrible voix se fait entendre : « Qu’est-ce que tu fais là ? Attends, je vais t’aider » Et tous les Djinns donnent une fessée au gamin, qui bientôt est couvert de bleus.<br /><br /> Comme ils tardent à rentrer, la maman a pris à son tour le chemin du champ. Là, horreur, elle découvre son mari et son fils, dans un bien triste état. Et le champ ravagé ! Désespérée, elle s’arrache les cheveux. « Qu’est-ce que tu fais là ? Attends, je vais t’aider ! » Et des millions de Djinns lui arrachent les cheveux. Bientôt elle est chauve.<br /><br /> Accablés par le malheur, le père, le fils et la maman se mettent à pleurer. Et un milliard de Djinns en font autant. Si bien que le champ se remplit de leurs larmes et devient un lac.<br /><br /> Vous qui passez par cette région lointaine, si vos pas vous portent vers le lac, là bas, entre les montagnes, dites-vous que les Djinns ne sont pas loin. Souvenez-vous du pauvre paysan, passez votre chemin.

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© 2005 Imazighen La richesse des productions d'un champ n'est pas à raison de son étendue, mais de sa culture.
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