Thidrin ... Raconte-moi le Rif !

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Portrait de Biya
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Thidrin ... Raconte-moi le Rif !

<i><b>&quot;Idurar n Tegrawla dewlen n Tarewla&quot; [1]<br />&quot;Thidrin&quot; est l’icône d’un Rif opprimé dans le sang et qui refuse de plier au joug et à l’arbitraire. Trente ans après une existence presque &quot;clandestine&quot;, ce groupe de musique berbère renoue avec la scène et accouche, dans la douleur de l’exil, de son premier opus : &quot;Muh’and Ameqran&quot;. [1]</b></i><br /><br /><b>Rifuznik[2].</b><br /><br />&quot;Thidrin&quot; est une légende. Un tatouage indélébile. Le Rif conté dans la douleur, dans les larmes. Il est l’histoire fantastique d’un groupe de jeunes militants de la première heure déterminés à défendre une grande cause : l’amazighité. Le moyen : des guitares, des rythmes anciens rénovés, des voix chaudes et des poèmes audacieux, crus et provocateurs.<br />Animé par le désir de s’affirmer, le groupe &quot;Thidrin&quot; se lance à la recherche de soi-même, du passé spolié et de l’identité tatouée par des siècles de mépris.<br />Durant trois décennies, plus de 20 casettes de ce groupe légendaire ont circulé sous le manteau. Les membres de &quot;Thidrin&quot;, sages révoltés dans un Rif rebelle, ont toujours vécu avec le spectre de la prison qui planait sur eux. La chanson était pour ces épris de liberté et de justice, le seul moyen d’expression sur la situation du Rif à une époque marquée par la répression. Avec les incontournables Twattun (&quot;les oubliés&quot;), Walid Mimoun et tant d’autres groupes et chanteurs, &quot;Thidrin&quot; dénonce, revendique et lutte pour la dignité bafouée.<br /><br /><img src="http://www.tamazgha.fr/IMG/thidri45.jpg" alt="" /><br /><br />Déterminés, ils chantent la résistance, la terre, l’oppression subie par le Rif et la liberté d’un peuple otage sur sa propre terre.<br />&quot;Qui peut vous oublier, vous qui êtes morts par les balles du makhzen ?&quot;, &quot;jusqu’où ?&quot;, &quot;Tamazight&quot;, &quot;Tilelli&quot;, &quot;Abrid inu&quot;, &quot;A degm fsigh d ametta&quot; ..., sont autant de poèmes chantés résumantl’histoire de ce groupe révolutionnaire étroitement liée à celle de la terre qui les a vu naître : Le Rif.<br /><br /><br /><b>Hassan, le père spirituel.</b><br /><br />Le fondateur du groupe, Hassan Thidrin a 50 ans. Svelte, vêtu de noir, le regard éteint, la figure charismatique de la chanson amazighe engagée dégage une énergie sans égale. Affaibli par la maladie, ce sage Rifuznik, fin connaisseur du Rif et des maux qui le rangent, raconte l’histoire du groupe, entouré de Mhend Abttoy et Jamal Paco, deux jeunes membres de &quot;Thidrin&quot; exilés en Hollande.<br />Voix basse et amère, il me chuchote : &quot;Interdits de studio, nous chantons l’identité berbère, l’émancipation de la femme, le désespoir d’une jeunesse étouffée et privée de son identité et la douleur de l’exil et de l’éloignement&quot;.<br />&quot;Nos cassettes circulaient de main en main et atteignaient les villages les plus reculés du Rif&quot;. &quot;Net&amp;#947;ennij, ad’ar di barr’a, ad’ar di rh’abs (on chantait, un pied sur scène, un autre en prison)&quot;, me dis ce grand amoureux de la culture amazighe.<br />Des thèmes qui, selon Paco, étaient vus comme &quot;subversifs&quot; à l’époque.<br />&quot;Il était difficile durant les années 70 et 80 de se dire Amazigh, de chanter dans cette belle langue interdite et d’enregistrer dans des studios des chansons en tamazight avec une pareille thématique&quot;. Thidrin l’a assumé. Il l’assume toujours.<br /><br /><br /><b>Izuran.</b><br /><br />Conscients de leur identité et déterminés à lutter pour le recouvrement des droits du peuple berbère, les membres du groupe ont parcouru les montagnes du Rif pour collecter des poèmes anciens et des proverbes. Leur œuvre est le fruit d’un travail de longue haleine, de recherche lexicale et musicale inspirée d’anciens rythmes amazighs mais résolument inscrite dans la modernité.<br />Selon Hassan, &quot;Thidrin&quot; incarne l’espoir et la continuité d’une identité qui émerge après un mépris qui a duré depuis plus de 2.000 ans. Le groupe est à l’image d’un épi de blé qui servira de semences.<br />Thidrin s’est distingué durant des décennies par son style original et spécifique qui marie les anciens rythmes amazighs et la World Music.<br /><br /><br /><b>L’exil.</b><br /><br />Après la révolte du Rif de 1984 et la répression qui s’est abattue sur la région, le groupe, menacé, se déracine et s’exile en Hollande. Hassan, quant à lui, choisit de rester dans le Rif.<br />Déchiré par l’exil et par une immigration très difficile à vivre, le groupe entame l’enregistrement de son premier CD &quot;Muh’and Ameqran&quot; ; un hommage à Abdelkrim, un héros du Rif. Un véritable hymne à la liberté.<br />Le travail durera deux longues années dans des conditions difficiles. &quot;D’énormes sacrifices ont été consentis par tous les membres du groupe. On travaillait sans cesse, délaissant nos familles&quot;, me confie Mhend Abttoy, également poète et artiste-peintre.<br /><br />Ironie du sort : l’enregistrement terminé, sortis du studio à 2h00 du matin, un grand camion percute la voiture qui transportait tous les membres du groupe et a failli tous les tuer, raconte Mhend ému.<br /><br /><br /><b>Silence.</b><br /><br />Hassan Thidrin, père spirituel du groupe et figure du combat mené pour la dignité dans le Rif, vit désormais à Aït Bouâayach dans le dénuement total.<br />Cet artiste aux divers talents qui a fait rêvé des générations entières de liberté et de dignité, s’éteint dans le silence.<br />&quot;Hassan vit presque de rien. Il vit des aides de ses amis. Il vit dans l’oubli total&quot;, me confie, écœuré, un jeune de Biya (Al Houceima) venu lui rendre hommage à Tanger lors de la première édition du Festival Amazigh Méditerranéen (du 22 au 24 juillet).<br /><br />Imazighen ont-ils la mémoire si courte pour laisser tomber dans l’oubli un homme qui les a fait vibrer des décennies durant ?<br /><br /><br />A. Yafelman,<br />Tanger<br /><br />------------------<br /><br />&quot;Thidrin&quot; signifie en tamazight : épi de blé ou de maïs.<br /><br />[1] (les montagnes de la révolte sont devenues celles de la fuite), chanson &quot;Umani ?&quot; (jusqu’où)<br /><br />[2] &quot;Refuznik&quot;<br /><br />tamazgha.fr

Portrait de Fadma
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Inscription: 2006-01-28 07:15
Re: Thidrin ... Raconte-moi le Rif !

Merci a uma pour cet article! et j&#039;en profite pour saluer chaleureusement le groupe révolutionnaire thidrin Smile

Wanni war yassin manis dyussa war yassin mani ghay'RaH!

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© 2005 Imazighen La richesse des productions d'un champ n'est pas à raison de son étendue, mais de sa culture.
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