Le compte des promesses non tenues : L'Amazighe exclu en dépit de la loi

Meryem Demnati : L'Amazighe exclu en dépit de la loi

Meryem Demnati : L'Amazighe exclu en dépit de la loi

Perspectivs du Maghreb : Où en est l’enseignement 2006/2007 ? Meryem Demnati : Tout d’abord, il n’est pas vain de rappeler encore une fois que les principes défendus par l’Institut royal de la culture amazighe dès le départ, sont les principes mêmes du Mouvement amazigh. À cet effet, des accords ont été passés par l’IRCAM avec le Ministère de l’enseignement. Ces principes qui sont stipulés aussi dans le Dahir instituant l’IRCAM sont les suivants : La langue amazighe appartient à tous les Marocains sans exception et doit être enseignée à tous, qu’ils soient amazighophones ou arabophones. La langue amazighe doit être généralisée à tous les cycles d’apprentissage, du préscolaire jusqu’au Baccalauréat (à raison de 3 h par semaine). La standardisation de la langue amazighe sur le plan graphique, orthographique, ... lexical et morphosyntaxique, de la langue amazighe qui se fera d’une manière progressive est une décision inéluctable. La langue Amazighe doit intégrer les universités et les Centre de formation (CFI, CPR, ENS) pour permettre aux enseignants de bénéficier d’une véritable formation et à la langue et à la culture et de s’ouvrir vers d’autres sphères. Puis des décisions importantes ont été prises par le premier conseil d’administration qui sont incontournables pour la promotion de la langue et de la culture amazighe. Le choix de la graphie amazighe «Tifinagh» a été décidé avant toute intégration de l’Amazighe ; contrairement à l’Algérie, où après 15 ans d’existence de l’Amazighe dans l’enseignement, la question du choix de la graphie est posée encore aujourd’hui par les institutions officielles. Il est vrai que l’Amazighité ayant enfin un cadre institutionnel officiel, l’IRCAM, nous avions tout à fait le droit d’espérer son développement dans tous les domaines après qu’elle a été ignorée, marginalisée voire réprimée pendant des années. Où en est cet enseignement en 2006/2007 ? Le bilan est loin d’être satisfaisant. Généralisation de l’Amazighe à toutes les écoles marocaines ? Nous sommes loin des résultats attendus. La généralisation qui devait se faire progressivement sur le territoire et toucher toutes les écoles sans exception a pris beaucoup de retard. Certaines Académies n’ont pris en compte ni le discours royal d’Ajdir, ni le Dahir instituant l’IRCAM, ni la convention signée entre l’IRCAM et le MEN, ni même les notes ministérielles élaborées dans ce sens. Il semble que des résistances «amazighophobes» subsistent encore dans certaines Académies ou délégations qui font tout pour retarder au maximum le processus d’intégration de l’Amazighe dans l’enseignement. Certains, après plusieurs réunions de la commission mixte IRCAM/MEN, ont adhéré sans véritable volonté, mais d’autres continuent encore la politique de l’autruche et ignorent totalement les directives ministérielles. Quelquefois le blocage peut venir d’un simple directeur d’école ou inspecteur «allergiques» à Tamazight. Un directeur décide de son propre chef qu’il n’y a pas de place pour cette langue dans son établissement, un inspecteur décide de réduire de 3h à 1h 30 l’horaire officiel, un autre directeur encore se contente de l’intégrer en 1 ère année seulement. Il est surprenant de voir que ces responsables qui sont en fait des «hors la loi» n’en font qu’à leur tête sans pour autant être inquiétés par leurs supérieurs. Tamazight en son propre berceau est malmenée et avilie. Quelques exceptions tout de même dans des régions où se traduit une véritable volonté, comme les Académies de Marrakech et d’Agadir où l’existence de cellules amazighes au sein des délégations a permis le suivi du dossier. Ici, la généralisation de l’enseignement de l’Amazighe est pratiquement arrivée à son terme et les sessions de formation des enseignants régulières, respectant les circulaires et les notes ministérielles. Quant à l’intégration de l’Amazighe dans les Universités, elle est essentielle sinon vitale pour que l’Amazighe puisse intégrer les Centre de formation (CFI, CPR, ENS) et permettre aux enseignants de bénéficier d’une véritable formation. La création de départements de langue et culture amazighe comme ceux qui existent à Tizi Ouzou ou Bejaïa en Kabylie depuis 1990 est incontournable. Mais, jusqu’à présent, aucune université n’a ouvert ses portes et certaines nous proposent des filières ou des modules, à cause, nous dit-on, du manque de moyens. L’IRCAM ayant pour référence le Dahir l’instituant se doit, dans le cadre de la convention signée avec le MEN, de veiller à ce que la langue et la culture amazighes soient réhabilitées d’une manière honorable dans le domaine de l’enseignement au même titre que les autres langues. Il est clair aujourd’hui que tant que l’Amazighe n’a pas de statut clairement défini, nous nous heurterons continuellement à des obstacles de ce type. Son statut doit être explicitement défini dans la Constitution marocaine comme langue nationale et officielle ce qui doit servir de bases à d’autres textes ad hoc dans le domaine de l’enseignement, des médias, de l’administration, de la justice et autres... En attendant, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que Tamazight fasse ses premiers pas avec le moins de dégâts et d’offenses possibles. P.D.M.A : Que pensez vous des 30 % réservés à Tamazight dans la nouvelle grille de programmation ? Meryem Demnati : À partir de ses références que sont le Discours royal d’Ajdir et le Dahir instituant l’Institut Royal de la Culture Amazighe, une conception stratégique a été définie par le Conseil d’Administration de l’IRCAM puis une convention a été signée avec le Ministère de la Communication. Dans ce sens, une commission mixte a été mise sur pied pour le suivi de ce dossier où il était effectivement stipulé qu’il serait consacré 30% du temps d’antenne aux programmes en langue amazighe. Dans ce sens, un cahier des charges a été élaboré et visé par la Société SORIAD (2M) et la SNRT (TVM) d’une part et la HACA d’autre part pour intégrer l’Amazighe dans les deux chaînes de télévision. Plusieurs mois plus tard, les choses étaient toujours au même point. Nous (quelques militants amazighs) avons pris alors la décision de créer un Comité pour la défense de l’Amazighe à la télévision pour dénoncer cet état de fait et informer l’opinion publique. Il semble que notre action ait donné des résultats même s’ils sont encore timides et que nous avons aussi appris à nous méfier. Tamazight commence à montrer son bout du nez à 2M dont les animateurs ont participé dernièrement à une formation en langue amazighe à l’IRCAM. TVM diffuse enfin quelques productions déjà prêtes depuis plusieurs mois. Nous sommes encore loin des 30 %. Mais si les choses continuent à évoluer et qu’une véritable volonté existe, l’année 2007 devra voir Tamazight s’installer progressivement. P.D.M.A : La chaîne amazighe verra–t-elle le jour l’année prochaine ? Meryem Demnati : Une réunion de travail a été organisée entre l’IRCAM et le Ministère de la Communication le 20 Décembre 2006 à cet effet. Lors de cette réunion, l’Institut Royal de la Culture Amazighe a exposé sa conception de la chaîne amazighe où devront figurer des émissions variées : débat, reportages, émissions pour enfants, films, pièces de théâtre, documentaires, soirées artistiques…et tout ceci en la seule langue amazighe. Une réunion ultérieure devait avoir lieu le 27 décembre 2006 pour trancher sur le problème du budget, la ligne éditoriale, les structures et le nom qui sera attribué à la chaîne amazighe. Après cette date, les boîtes de production pourront commencer leur travail afin que la Chaîne de la télévision Amazighe puisse voir le jour en juin 2007. Ceci dit, la réalité nous a rendu circonspect. Le Comité pour la défense de l’Amazighe à la télévision continuera de suivre les développements concrets de ce projet. Le Comité ne délivre de blanc seing à personne, car la distance qu’il a constatée entre les paroles et les actes lui a appris la plus grande circonspection. Source: perspective-online Meryem Demnati : L'Amazighe exclu en dépit de la loi
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