MCAM : Précis amazigh à l'usage des sourds

Mouvement Culturel Amazighe (MCAM) : Précis amazigh à l'usage des sourds

Mouvement Culturel Amazighe (MCAM) : Précis amazigh à l'usage des sourds

Le combat du mouvement culturel amazigh, c’est le combat pour la démocratie et les droits de l’homme. Le mouvement culturel amazigh, revendique les fondements mêmes de la démocratie : le droit d’exister en tant que peuple ayant sa langue, sa culture et son identité reconnues sur sa propre terre. Le MCA est né par réaction légitime à la politique culturelle et identitaire menée par les pouvoirs politiques au Maroc, qui consiste à étouffer chez les Amazighs toute revendication politique, culturelle et linguistique. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre. La vérité souffre du besoin d’être ressassée à l’envi à l’usage des sourds. Au Maroc, l’entendement des anti-amazighes est tellement épais qu’il convient de ressasser les mêmes rudiments sans relâche jusqu’à ce qu’enfin, ils puissent concevoir que l’on peut penser et se penser en dehors du monde arabe, tout simplement parce que cela ne se fait pas sur commande. Nous ne sommes pas arabes. Solidaires du peuple palestinien, mais Imazighen. Avec la meilleure volonté du monde, je ne pourrai pas ressembler à un citoyen de base du Golfe, puisque c’est là que se trouvent les Arabes. Et que je ne suis pas de là-bas. Si je dis que je suis arabe, cela veut dire que mes parents ne sont pas mes parents puisqu’ils sont Imazighen. Il faut reconnaître que les paranoïas des arabisateurs au bulldozer frappent même la culture populaire marocaine, la darija est une langue chaque jour injuriée, déconsidérée. Mais les choses changent. Pour mieux comprendre la formation du MCA, il faut rappeler que l’indépendance a vite tourné de travers puisque la passation de pouvoirs des élites coloniales aux élites marocaines s’est faite au bénéfice exclusif des régions arabophones de Fès et d’autres cités. Une couche sociale très «nationaliste arabe». Parti de l’Istiqlal, pour commencer. Très vite, une politique d’arabisation accrue a été menée ; l’objectif étant d’arabiser les Marocains qui parlaient en grande majorité l’amazigh. Tous les Marocains qui ne souscrivaient pas à cette perversion étaient considérés comme des néo-colonisés adeptes du Dahir Berbère. Le chauvinisme pour la langue arabe s’est exacerbé, patriotique voire chauvin, il ne souffrait aucune contradiction. Le point fort de ce nationalisme arabe était l’utilisation du sentiment religieux. L’arabité et l’Islam se sont confondus pour ne plus être qu’un seul et unique repère identitaire. Les Marocains sont musulmans donc arabes ! Le berbère n’est qu’un particularisme régional sans aucun statut, si ce n’est celui de l’infériorité et de l’ignorance. Jusqu’à la fin des années 80, le combat des Imazighen était réprimé. Comme à Goulmima en 1982, contre l’association Tilelli (Liberté). Tamazight était bannie, dissimulée, tue. Le décret de loi de 1930, appelé «Dahir berbère», devint l’argument implacable des nationalistes arabes, utilisé depuis bientôt 70 ans pour dénier les droits identitaires, linguistiques et culturels des Amazighs. À l’école marocaine, on nous apprend que l’histoire du Maroc ne commence que depuis l’arrivé des Arabes alors qu’il fallut plus d’un demi-siècle aux Arabes pour pénétrer au Maroc. Pire, à aucun moment, on ne qualifie de berbères les dynasties qui se succédèrent au Maroc et en Andalousie. C’est dans ce contexte que va surgir, de la société civile, le MCA, un mouvement qui réaffirme les valeurs contenues dans la déclaration universelle des droits de l’homme de la coexistence pacifique des peuples, de l’égalité entre les langues et les cultures. Les années 70 et 80 ont été marquées par la répression et le MCA passa à la clandestinité jusqu’à la fin des années 80. Il fallut attendre la Charte d’Agadir de 1991 qui fut l’événement le plus marquant du mouvement, pour ré-entendre parler de la question identitaire amazighe. La charte d’Agadir est un texte signé par six associations lors du colloque sur la culture amazighe organisé par l’Université d’Eté d’Agadir. La majorité des associations amazighes, créées après 1991, ont adhéré à ses principes. En 1992 naissait à l’université d’Agadir l’idée d’un groupe de travail militant pour la cause amazighe au sein de l’Union nationale des étudiants du Maroc. Aujourd’hui, toutes les universités du Maroc, sans exception, comptent dans leurs rangs un mouvement culturel amazigh. L’année 1994 marqua le bouleversement des positions des associations culturelles qui commencèrent à apparaître d’une manière régulière sur la scène médiatique à travers des manifestations mieux organisées et plus revendicatives. Au premier trimestre de 1994, le Conseil national de coordination (CNC) a été créé. L’amazigh est désormais revendiquée dans toutes les régions du Maroc. L’intérêt pour la question amazighe prend davantage d’ampleur lors de l’arrestation de sept membres de l’association Tilelli à Goulmima. En défilant lors des manifestations du 1er mai 1994, les membres de cette association, tous des enseignants et membres du Syndicat National de l’Enseignement (SNE), scandaient des slogans appelant à l’introduction de l’amazigh à l’école et à la reconnaissance de l’amazigh comme langue nationale et officielle du Maroc. Agitation, atteinte à l’ordre public, profération de slogans en contradiction avec la constitution et incitation à des actes contre la sécurité intérieure de l’État, voilà ce dont ils étaient accusés. Un grand élan de solidarité a été constitué autour des détenus d’Errachidia aussi bien au niveau national qu’international. Une mobilisation forte de toutes les composantes amazighes les a fait libérer. L’année 1994 a été marquée par un bulletin d’information en amazigh d’une dizaine de minutes à la télévision marocaine. Rien que de très symbolique. 1995 est l’année de l’internationalisation de la question amazighe. Les associations marocaines ont été très actives lors du Festival de Douarnenez, qui a été suivi par la création d’un Congrès mondial amazigh (CMA). Cette organisation internationale non gouvernementale regroupe une centaine d’associations amazighes à travers le monde. Les associations marocaines peuvent désormais collaborer avec d’autres structures berbères du Mali, du Niger, de la Kabylie ou de la diaspora. La question amazighe dépasse les frontières du Maroc et devient une cause nord-africaine. Depuis l’arrivée d’un gouvernement socialiste aux affaires, en 1998, le Premier ministre Abderrahmane Youssoufi a pris des engagements pour la réhabilitation des droits culturels et linguistiques des Amazighs. Mais l’événement le plus fort reste aujourd’hui le discours royal d’Ajdir, le 17 octobre 2001 dans lequel le Souverain évoquait sa double culture, se disant à moitié amazigh. Ce discours a débouché sur la création de l’IRCAM. Mais les Imazighen sont encore loin d’être au bout de leur peine. Par AS (perspective-online.com) Mouvement Culturel Amazighe (MCAM) : Précis amazigh à l'usage des sourds
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