3 ans de lutte après le tremblement de terre d’Al Hoceima

 le tremblement de terre d’Al Hoceima

le tremblement de terre d’Al Hoceima

Le mardi 24 février 2004, un tremblement de terre de magnitude 6,5 sur l'échelle de Richter s'est produit dans la Méditerranée près du port marocain d'Al Hoceima. L'épicentre a été localisé à environ 295 km à l'est-nord-est de Rabat. Des répliques sismiques importantes ont continué à se produire dans les premières heures de la journée du mercredi 25 février. Le séisme a fait plus de 600 morts et de 400 blessés. Depuis trois ans, la population de la région d’Al Hoceima, d’Ajdir à Tamassint, se bat pour obtenir les aides promises par l’État, principalement pour la reconstruction de logements dignes et répondant aux normes antisismiques. Voici la chronique de cette intifada.

Ajdir est le village natal de Mohamed Abdelkrim Al Khattabi, le célèbre chef de la bataille d’Anoual contre les forces coloniales franco-espagnoles au début des années 1920. C’est un village situé au pied du Rif et au bord du Golfe " d’Alhoceima au Nord du Maroc, qui contenait la plus petite colonie espagnole peuplée en terre marocaine. Ce fut le point brûlant du front populaire contre le colonialisme.



Tamassint est le point d’appui de la révolution rifaine, par le soutien volontaire de sa population au leader de la bataille d’Anoual de 1912 à 1923, et marqué par les évènements de 1957-58. C’est le village natal de Haddou Akchich qui a été enlevé en 1957 et porté disparu. À l’époque l’armée dirigée par Hassan II et Oufkir était intervenue contre les révolutionnaires de Tamassint et les enlevant, les tuant ou les arrêtant. Tamassint vit toujours dans le souvenir de Haddou Akchich et de ses compagnons, qui avaient poursuivi la résistance et la lutte crées d’ Imer Abdelkrim.


Tamassint est un village entouré de douars dispersés dans les montagnes (Zaouiat Sidi Issa, Aghlide, Idadouchen, Aït Aziz, Aït El Cadi,...). La plupart de ses habitants sont des paysans pauvres vivant des seules ressources d’une agriculture de subsistance sur des petites parcelles dans la montagne du Rif qui est frappée par la sécheresse.

La commune Imrabtine - environ 15 000 habitants - est dépourvue des infrastructures minimales. Aujourd’hui les paysans pauvres de Tamassint continuent la lutte de leurs ancêtres contre le régime marocain violant leur droit à un habitat digne. Victimes du séisme du 24 février 2004, ils ont refusé le programme de réhabilitation falsifié, proposé par le régime marocain dit aide de 30 000 dirhams ( 2700 Euro) accordé et quelques matériaux de construction ( béton …) pour la reconstruction de leurs maisons dans une zone sismique.



L’Intifada de Tamassint est un mouvement populaire organisé par l’Association des paysans pauvres, qui est dirigé par un groupe de militants diplômés au chômage. Plusieurs sit-in ont été organisés par l’association de Tamassint pour le suivi des conséquences du séisme et quatre marches populaires en 2005 ( le 14 avril, le 19 mai, le 4 août, le 1er septembre) et une cinquième le 19 mai 2006 à l’occasion du premier anniversaire de la marche du 19 mai 2005.

- la marche du 14 avril 2005 avait connu une participation de 9 000 manifestants, qui ont marché à pied 28 kilomètre de Tamassint à Ajdir. Cette manifestation avait pour but de dénoncer le silence du régime marocain envers les souffrances des sinistrés, qui vivaient sous des tentes depuis 14 mois ( 1900 familles). Après le séisme les paysans pauvres n’avait pas bénéficié de l’aide d’urgence de l’État. La société civile et ses associations ont joué un rôle important pour les secours aux sinistrés. Malgré cette manifestation, le régime marocain a continué à ignorer les demandes des sinistrés, alors qu’il avait reçu des dons importants des États étrangers et des ONG étrangères et internationales.

Au lieu d’ouvrir des négociations responsables avec l’association, deux jours après la marche le 16 avril 2005, les autorités ont envoyé les forces de répression ( gendarmes, armée, police secrète…) à Tamassint, afin d’obliger les paysans pauvres à recevoir les 30 000 dirhams et le béton. Mais leur projet a échoué devant la manifestation de 6 000 paysans pauvres dans une marche volontaire qui avait obligé les forces de répression à se retirer.

Le 24 avril 2005, le réseau des associations de Tanger lançait un appel pour organiser une caravane de solidarité avec les paysans pauvre sde Tamassint.

Le 30 avril 2005, le régime marocain annonçait la décision de création d’un fonds de 7,2 milliard de dirhams pour le financement des travaux de réhabilitation de la zone sinistrée.

- Le 5 mai 2005, une grève générale était organisée à Tamassint, touchant tous les secteurs. En même temps, l’association Tamassint pour le suivi des conséquences du séisme lançait un appel à une deuxième marche le 19 mai 2005, pour dénoncer le programme de réhabilitation du régime marocain et défendre le droit des paysans pauvres à un habitat digne. L'association était interdite et les sit-in organisés se passèrent sous haute surveillance des forces de répression.

- Le 11 mai 2005, le président de l’association Moatassim El Ghalbzouri (29 ans) et trois autres membres de l'association, Mohamed Aberkan (70 ans), Mohamed Mourabite et de Salim Ghallit ( 24 ans), ont été arrêtés et détenus à la prison d’Al Hoceima puis transférés à la prison de Nador le 18 mai 2005 sans jugement. Ils étaient accusés d'empêcher le fonctionnement de la mairie, de menaces et de contraintes sur les citoyens et leur association Tamassint déclarée illégale. En même temps les paysans pauvres avaient manifesté en une marche volontaire dénonçant l’invasion des autorités et demandant la libération des détenus. Désormais, le dossier prenait une voie politique. Le régime marocain avait essayé de négocier avec le détenus la possibilité de la suspension de la marche mais n’était pas aprvenu à obtenir leur accord.

- À la première audience au tribunal d’Al Hoceima le 12 mai 2005, les quatre détenus sont présentés devant le juge, soutenus par la société civile d’Al Hoceima et défendus par trois avocats militants. Un sit-in est organisé devant les portes du tribunal, à 16 heure l’audience est ouverte, la salle d’audience est pleine des manifestants faisant le signe de la victoire aux détenus. La police intervient et les manifestants réagissent par des slogans de victoire. L’audience est reportée successivement au 16 puis au 26 mai et au 9 juin 2005 à Nador ( le 18 mai 2005 les détenus sont transférés à Nador). Les détenus ont vécu des conditions inhumaines à cause de la situation grave de la prison, qui ne répond pas aux normes internationales.


La marche du 19 mai 2005 à Tamassint

- Le 19 mai 2005, jour de la marche de la colère, les paysans pauvres se sont mis en marche sans tenir compte des forces de répression qui avaient encerclé Tamassint dans un rayon de 6 kilomètres. Les droits que le manifestants défendent sont :

- les droits des 1900 familles sinistrées aux logements qui respectent leur dignité après 15 mois de vie sous des tentes.

- la régularisation de la situation de 156 familles dépourvues de droit à la réhabilitation.

- la régularisation de la situation des familles qui vivaient en groupes dans des maisons et dans des conditions graves.

- l’arrêt des poursuites contre les militants de l’association Tamassint.

- la liberté des trois détenus à Nador.


Au kilomètre 6 entre Tamassint et Imzourn, la marche a été arrêtée par des forces de répression (gendarmes, armée, police …) pendant 4 heures. À 16 heures, les manifestant subissent une agression de ces forces qui utilisent des bâtons, des balles en plastique, des chiens et des gaz lacrymogènes lancés depuis des hélicoptères.

Des manifestations de soutien à Tamassint s’étaient aussi confrontées avec la police à Imzouren et Ait Bouayach.

Le bilan a été d’environ 20 paysans pauvres arrêtées et de nombreux blessés. 14 membres de force de répression ont été hospitalisés. Tamassint est dans un virtuel état d'exception qui fait revivre les temps de la terreur de l’époque de Hassan II, une occupation du village créant la peur et la terreur au sein de la population.

Beaucoup de jeunes militant de l’association quittent Tamassint pour se réfugier dans d’autres douars.

Vendredi 20 mai : les forces de l'ordre renforcent l'encerclement de la région , la population reste sans ravitaillement et isolée. Les transports jusqu'à Tamassint sont coupés, les écoles, les commerces et les cafés sont fermés . Un sit-in en solidarité avec la population de Tamassint est organisé par l’AMDH à Al Hoceima, malgré les forces de répression.



Samedi 21 mai : Tamassint est toujours encerclée.

L'AMDH appelle à un autre sit-in à Al Hoceima. Omar Lamalem et Saïd Aachir, qui vient de sortir de l'hopital, expliquent devant une foule nombreuse et en colère ce qu'ils ont vu et subi. Ils accusent les force de l’ordre de graves violations des droits de l'homme : bastonnades dans les voitures... Par ailleurs, le Wali d¹Al Hoceima fait pression sur les élus pour leur faire signer une pétition se désolidarisant des populations et soutenant les élus de Tamassint .

Le 22 mai : les force de l'ordre évacuent les montagnes, mais restent à Tamassint. Selon l’AMDH, le nombre de blessés est inconnu, parmi les 35 arrestations, 9 personnes sont toujours détenues . Les paysans pauvres de Tamassint luttent pour :

- le droit à la reconstruction de leurs logements par l’État.
- le recensement de tous les logements sinistrés (1900 familles sinistrées).
- la libération des militants détenus.
- l’arrêt des poursuites judiciaires contre d’autres militants qui ont quitté Tamassint à cause de la terreur des forces de répression.

23 mai : marche de soutien à Tanger.

24 mai : marche de soutien à Tétouan.

26 mai : jugement des membres de l’association à Nador qui était reporté au 9 juin. Un sit-in a été organisé par les associations qui ont soutenu les quatre détenus à Nador.

28 mai : les représentants de la caravane de soutien à Tamassint venus de Tanger et de Tétouan arrivent à Al Hoceima. La marche de soutien d’Al Hoceima est interdite, un sit-in devant le local de l’AMDH est organisé et quadrillé par les forces de répression.

29 mai : la caravane de solidarité part vers Tamssint pour briser son isolement par les forces de répression. Environ 3000 manifestants défilent dans le village.

31 mai : l’association Tamassint appelle à une grève générale, deux jours après la caravane de soutien, les forces de répression reviennent pour envahir le village et les douars. C’est le retour de la terreur.

1er juin : offensive sur Tamassint des forces de répression, qui encerclent la maison du militant Hamid Yahyaoui et menacent son père. Une marche volontaire des paysans pauvres a lieu contre cette offensive.

2 juin : 8 représentants de chaque douar, qui ont été convoqués par les autorités depuis le 31 mai 2005, se présentent au siège communal. C’est une autre méthode du régime pour briser la lutte des paysans pauvres : les autorités demandent aux représentants de signer l’accord de l’État, mais ceux-ci exigent la présence de l’association Tamassint et la libération des quatre militants détenus à la prison de Nador. Un sit-in est organisé pour dénoncer ces méthodes de terreur.

Depuis le 19 mai 2005, jour de la marche de la colère, les forces de répression n’avaient cessé d’harceler les femmes de Tamassint, ces dernières avaient décidé de ne plus aller au club des femmes.

3 juin : réunion entre l’association Tamassint et la société civile à Al Hoceima pour tracer un programme de solidarité. Le 12 juin 2005 est fixé pour la mobilisation de l’organisation de sit-in de solidarité par la société civile locale, nationale et internationale.

9 juin : jour de l’audience et du verdict du procès des quatre détenus, qui dure de 16 heures à minuit. 43 avocats avaient annoncé leur participation à la défense des détenus, 16 d’entre eux étaient présents. Un sit-in de 300 manifestants a été organisé par l’association des diplômés chômeurs. Verdict : deux mois de prison ferme au président de l’association Moatassim El Ghalbzouri (29 ans), un mois ferme à Mohamed Aberkan (70 années) et Mohamed Mourabit et relaxe pour Salim Ghallit ( 24 ans) sans condamnation.

10 juin : Tamassint accueille chaleureusement l’ex-détenu Mohamed Aberkan et fête la victoire des paysans pauvres par leur solidarité. Mohamed Aberkan rencontr ses camarades qui avaient fui Tamassint dans la montagne pour échapper aux poursuites des autorités.


12 juin : organisation de sit-in de solidarité dans plusieurs villes marocains et étrangères. Le président de l’association Taroudant sociale et culturelle sera poursuivi et condamné à une amende de 2 500 dirhams à cause de l’organisation du sit-in de solidarité ave les paysans pauvres de Tamassint.

20 juillet : verdict du procès des douze détenus de la marche de la colère le 19 mai 2005 au tribunal d’Al Hoceima : des peines de 6 à 8 mois de prison ferme.

4 août et 1er septembre : organisation d’une marche de Tamassint vers Al Hoceima, qui est arrêtée par les forces de répression après 6 kilomètres de marche.

24 novembre : libération des 9 détenus après la grâce du régime marocain, sans aucune contrepartie.

La lutte des paysans pauvres continue jusqu’à ce qu’un nouveau accord soit signé entre l’État et l’association Tamassint obligeant l’État à reconstruire les maisons des sinistrés suivant les normes des zones sismiques. L’association crée un comité de suivi pour surveiller les travaux, qui constate que l’entreprise chargée des travaux engage des maçons non-qualifiés et trafique le matériel.

19 mai 2006 : organisation d’une marche pacifique de Tamassint pour le premier anniversaire de la marche de la colère.

Depuis cette date, l’association a organisé plusieurs sit-in de protestation pour les droits des familles dont les maisons ne sont toujours pas en cours de reconstruction. Elle organise une nouvelle marche le jeudi 22 février 2007.



La lutte continue !

PS du 23 février

6000 hommes, femmes et enfants se sont mis en marche de Tamassint le jeudi 22 février à 9 heures du matin pour se rendre au siège de la wilaya (préfecture) d’Al Hoceima, à 35 km de là. La marche, organisée par l'association Tamassint pour le suivi des conséquences du séisme, avait pour but de :

- continuer la lutte des paysans pauvres de Tamassint pour leur droit à l'habitat.

- dénoncer le programme de la réhabilitation de l'État non conforme aux normes internationales pour les zones sismiques et qui ne répond pas au protocole d’accord signé entre l'État et l'association.

Au 5ème kilomètre de marche, les manifestants ont été bloqués par l’habituel déploiement de gendarmes, militaires et policiers équipés de matraques, balles en plastique, gaz lacrymogènes, accompagnés de chiens et appuyés par des hélicoptères.

Devant le blocus de la marche par les force de répression, les responsables de l'association Tamassint ont décidé de retourner à Tamassint, où s’est tenu un meeting, au cours duquel il a été décidé de faire une nouvelle marche le samedi 24 février 2007 pour défendre les droits des paysans pauvres.




3 ans après le tremblement de terre d’Al Hoceima, rien n’est réglé

Par l’Association Tamassint pour le suivi des conséquences du séisme, 25 janvier 2007

Depuis 2004, la population d’Al Hoceima réclame son droit à un relogement décent et sûr. Les manifestations les plus massives et les plus durement réprimées ont eu lieu en mai 2005 à Tamassint.

Le samedi 24 février 2007 marquera le troisième anniversaire du tremblement de terre d’ Al Hoceima et sa région.
Les sinistrés victimes du programme de réhabilitation de l’État marocain, sont encore sans logement, ils habitent aujourd’hui dans des tentes, des maisons de terre battue et dans les meilleurs des cas dans des maisons des pierre et de terre qui risquent de s’écrouler un jour, puisque situées dans une zone sismique.
Et surtout à Tamassint où les habitants ont refusé depuis longtemps les indemnisations de l’État marocain, sachant qu’ils avaient organisé plusieurs manifestations pacifiques pour leur droit à la réhabilitation et, ils ont subi des répressions, des poursuites, des jugements et des condamnations à des peines de prison, en particulier les militants de l’association Tamassint. Pourtant, après l’échec de toute sorte de répression, un accord avait été signé le 28 octobre 2005 par le comité des quatre, constitué des représentants des autorités d’Al Hoceima, du conseil communal de Imrabtins, du groupe civil de réhabilitation et de l’association Tamassint pour le suivi des conséquences du séisme. L’accord stipulait la construction des maisons de 100 m2 comprenant trois chambres, dont 90 m2 de superficie seraient couverts d’un toit de béton armé. Cette formule était acceptée par les sinistrés de Tamassint, qui ne souhaitent pas avoir des villas avec des jardins. Mais la mise en oeuvre de cet accord s’est heurtée à divers obstacles, à savoir la qualité du matériel de construction fourni par l’État, la non-mise en conformité avec les normes nécessaires aux zones sismiques ; 13 familles sinistrées sont exclues de la réhabilitation, deux douars (Ait Mouhand Ou Yahya et Ikeltmoumen) sont dépourvus d’appui logistique en bulldozers, plusieurs autres familles d’ autres douars sont privées de travaux de réhabilitation, 41 familles qui ont choisi de recevoir des indemnisations et matériels de construction (ciment) pour construire leurs maisons, n’ont rien reçu à ce jour, bien qu’elles aient obtenu des bons de matériel. En plus, les entrepreneurs ont engagé des maçons et des ouvriers non qualifiés pour la réalisation des travaux de construction des maisons des sinistrés, ce qui a provoqué plusieurs erreurs au niveau des bâtiments, comme a pu le constater le comité de suivi et d’inspection constitué par l’association Tamassint pour le suivi des conséquences du séisme. Par conséquent cinq maçons qu’ont commis plusieurs erreurs de construction sont suspendus de leur travail par ce comité qui a travaillé pour rectifier ces erreurs. L’association a organisé une réunion pour étudier tous ces problèmes et bien d’autres et trouver des solutions conformes à l’accord du 28 octobre 2005 du comité des quatre. Cet accord exige de régler les problèmes au sein de ce comité. Mais nous nous voyons obligés de conclure que les autres composantes du comité ne sont pas à la hauteur des attentes, malgré de nombreux sit-in pacifiques organisés par l’association pour attirer leur attention. Après le sit-in du 25 janvier 2007, nous avons donc décidé d’augmenter la pression. La décision la plus importante après cette manifestation est l’organisation d’un sit-in continu, depuis le 30 janvier 2007 à partir de 10 heures devant le siège des autorités dans la commune d’Imrabtins. Cela ne sera que le début d’une série de manifestations, au cas où les problèmes ne trouveraient pas leur solution par des négociations responsables au sein du comité des quatre.
Le Bureau de l’association


Amal Lahoucine, février 2007
Source: www.tlaxcala.es
Tamazight