Tamiri : «S’enfermer dans un genre, c’est se suicider artistiquement»

sam, 2007-12-01 19:11 -- Fadma

Connue sous le nom artistique de Tamiri, «l’amoureuse» en rifain, Ouafae Merras ancre son expérience dans la continuité des troubadours rifains et puise son inspiration des poèmes de sa région.

ALM : Vous venez de lancer votre nouvel album «Ssend», qui veut dire baratter le lait, avec un nom artistique qui peut paraître provocateur au Rif. Est-ce par défi ou avez-vous un message à faire passer?

Tamiri : «Ssend», c’est le premier souvenir qui me reste en mémoire du travail qu’effectuait ma grand-mère et en lisant un passage du Journal d’un curé de campagne de Bernanos, j’ai été frappée par un vers qui résume en quelque sorte mes convictions artistiques...

et qui disait que «Les plus beaux poèmes ne valent pas, pour un être vraiment épris, le balbutiement d'un aveu maladroit».
C’est ce que j’essaie de faire comprendre à travers la chanson et le théâtre. L’amoureuse de tout ce qui est beau. L’amoureuse des idées nobles de l’équité et la défense de tout ce qui se rapporte à la vie. C’est par amour que nos vaillants ancêtres ont défendu leur territoire.

Un premier album commercialisé après avoir conquis un auditoire branché sur tout ce qui est principe et engagement de l’artiste ne peut-il pas influencer sur votre carrière et vous déraciner de vos convictions de départ ?

Pas du tout, car un artiste est appelé à travailler sur un ensemble de pistes pour communiquer avec un auditoire hétérogène. S’enfermer dans un genre, c’est se suicider artistiquement. Chose qui ne m’arrange guère. «Ssend» est album répertoire ou un excursion à travers le temps et l’espace dans une mémoire collective qui retrace le vécu du Rif depuis la nuit des temps. Les poèmes que je chante évoquent ees thématiques se rapportant au parcours du Marocain dans sa quête de liberté et ses attentes d’un présent qu’il veut à la mesure de ses aspirations. Dans ce sens, mes chansons sont ancrées dans mon le quotidien avec des références à des événements, des personnes ou à des lieux.

Puisque vous évoquiez un ensemble de symboles qui émergent à chaque fois que le patrimoine est mis en avant, de quoi s’agit-il dans votre chanson «Yemma Tamourth», notre mère la Terre?

Ce n’est pas par souci écologique même s’il fait partie de mes préoccupations. Parmi les épopées chantées et glorifiées dans le Rif, «Dhar Abarrane» reste la plus connue puisqu’elle est récente. Elle a eu lieu sous l’occupation espagnole. En la chantant, j’ai essayé de mettre au devant de la scène des mélodies anciennes et des poèmes déclamés par nos grands-parents. De son côté, la chanson «Henna», grand-mère, qui est un hymne de reconnaissance de ce qu’a été réalisé par la femme rifaine. La chanson, à mon sens, a pour finalité de solliciter la sensibilité du récepteur et déclencher en lui des émotions qui lui font revivre des souvenirs pour qu’il s’attache plus à son pays à un moment où beaucoup de jeunes ne parlent que d’exode.

Au-delà des thématiques abordées les airs de la chanson peuvent aussi nous transporter dans les tréfonds de la musique amazighe du Rif.

Il n’est pas facile de créer la vitalité musicale convoitée sans interaction avec un auditoire de plus en plus branché sur la rythmique plus que les paroles. Je pense que le plus important est de faire passer un message d’amour à tout ce qui est beau. La musque en fait partie. Ce message doit avoir comme support des textes riches en images et en figures de style mais simple dans ses choix lexicaux. Le spontané rythmé contribue à la diffusion des chansons et aide le fan ou l’intéressé à mémoriser vite ce qu’on lui propose. C’est le secret de tous les succès connus. Il suffit de trouver le vers ou la phrase déclic pour garantir le succès d’une chanson. Cette légitimité, moi, je la cherche dans le patrimoine ancien de la région.

Ne pensez-vous pas que ce retour aux sources peut influencer sur votre carrière?

Le plus important est de transmettre un message d’espoir et de convaincre les hommes sur l’utilité d’une chanson qui caresse leurs craintes et espoirs. Il faut aussi rendre hommage à des actions louables ou à des personnes qui se sont sacrifiées pour que le Marocain vive joyeusement sa dignité d’homme libre quitte à dénoncer les préjugés ou interdits qui bloquent notre imagination. L’album est composé de sept chansons avec comme titre «Ssend» une métaphore se rapportant à cette technique maternelle qui pétrie à sa guise les pensées molles de leurs enfants. Un hymne au travail collectif qui touche les domaines du travail. Un ensemble de chansons se rapportant à la famille interprétées sans accompagnement musical puisque nos grands-mères chantaient sans instruments. «Trayetmess», ce nom typiquement berbère symbolise pour moi la pénélope rifaine et ses attentes. Attente du mari qui a traversé la mer pour gagner sa vie, attente d’un épanouissement qui lui assure sa notoriété de femme libre et responsable. «Trayetmess» c’est aussi le vécu de la femme rifaine dans un milieu en pleines mutations. Il y a aussi des chansons d’amour avec leurs sensibilités, les types d’affinités qu’elles procurent. Des chansons imprégnées de paroles romantiques pour expliquer aux jeunes l’importance d’une relation bâtie sur le respect et le partage et non sur ce que nous proposent les modèles occidentaux qui ont souillé notre jeunesse. Toucher leurs esprits pour susciter leurs émotions et leurs adhésions tout en les amenant à une prise de conscience.

Par : Ali Kharroubi
DNCR à Oujda - aujourdhui.ma

Ouafa Merras Tamiri

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