Porteuses du patrimoine culturel amazigh vieux de 5.000 ans : Les femmes ont toujours été de parfaites médiatrices

Porteuses du patrimoine culturel amazigh vieux de 5.000 ans : Les femmes ont toujours été de parfaites médiatrices

Femmes amazighes : Porteuses du patrimoine culturel amazigh

La culture Amazighe, substrat incontournable de la culture marocaine (voire nord-africaine et universelle), englobe toute une vision de voir et d’exprimer le monde depuis l’ère néolithique jusqu’à nos jours. C’est une culture qui dépasse la langue, qui s’inscrit dans l’art, et qui englobe l’être marocain tout entier. Au centre de cette culture réside la femme marocaine. Les femmes marocaines, parlant ou non l’Amazighe, sont les porteuses par excellence du patrimoine culturel Amazighe, vieux de plus de 5 000 ans. Elles sont les principales détentrices d’un patrimoine qu’elles ont su préserver et qu’elles continuent de transmettre de génération en génération. Ce savoir millénaire issu de l’observation de la nature, de ses cycles et de ses manifestations que les femmes...

expriment dans toutes leurs pratiques quotidiennes, qu’elles soient linguistique, d’ordre spirituel, artisanal, esthétique ou domestique, a créé la cohésion et la permanence de la famille de la tribu et de la nation, malgré les aléas de la vie et les bouleversements historiques.
Citadines ou rurales, les femmes ont su maintenir intact et continu ce fil conducteur qui relie les générations nouvelles avec les anciennes, établit le dialogue entre les monde visible et invisible, car les femmes, bien que curieuses de changement, ne mettent jamais en péril l’héritage culturel et la masse d’expériences accumulées depuis les origines.

Le rôle des femmes marocaines dans la préservation de la culture Amazighe se manifeste dans beaucoup de volets ; je me limiterai à quatre aspects majeurs : (i) la préservation de la langue, (ii) celle de la littérature orale et du collectif, (iii) celle de l’art et des bijoux, et (iv) enfin la préservation du savoir féminin allant des pratiques divinatoires et thérapeutiques jusqu’à la production de l’écriture.

La langue La femme marocaine est historiquement et politiquement liée à la langue Amazighe. Le sort de l’une dépend directement du sort de l’autre. Dans l’histoire moderne du Maroc, les femmes et la langue Amazighe ont été marginalisée pour des raisons politiques pendant le Protectorat et durant les années qui ont suivi l’indépendance.

Toutes les deux ont été écartées de la sphère publique. Et ce n’est pas un hasard qu’à présent avec l’ouverture et la démocratisation du Maroc, les deux se trouvent propulsées au devant de la scène politique. La reconnaissance officielle de l’Amazighe et le nouveau Code de la famille ne sont pas des hasards politiques. C’est donc largement grâce aux femmes que la langue Amazighe a survécu. Dans les zones rurales reculées, les échanges sont quasiment exclusivement féminins, contrairement aux grandes villes, où les femmes vivent presque cachées et où les rencontres se font avec les seuls hommes, installés dans les lieux publics (marchés, rues).

Femmes amazighes : Porteuses du patrimoine culturel amazigh

La relation entre la femme et la langue situe aussi à un niveau, la langue maternelle étant bien sûr la langue de la mère d’abord.

Littérature orale La femme marocaine est aussi celle qui a su préservé tout un patrimoine de littérature orale. Une littérature souvent anonyme parce qu’appartenant au groupe et pas à l’individu comme a dit Chafik dans son ouvrage sur la poésie Amazighe.

La littérature orale couvre la musique, les chants, les danses, mais aussi les contes, les proverbes et les devinettes. C’est dans cette littérature que l’on peut réellement découvrir le mode de vie ancestral des hommes et des femmes. Quoiqu’on puisse dire sur le rôle marginalisant de la culture orale, l’oralité reste une spécificité de la culture marocaine.

Il faut, bien sûr vivre son temps et œuvrer pour l’épanouissement et le développement des femmes marocaines, mais il faut aussi savoir reconnaître à juste titre le rôle incontournable des femmes dans l’extraordinaire survie de la littérature orale Amazighe au Maroc. Les chants Amazighes, par exemple, empruntent les deux principales voies classiques du chant monodique et de la polyphonie et nous permettent d’apprécier une musique qui, même si elle a beaucoup évoluée depuis les origines, conserve une authentique vigueur.

Après avoir survécu à une longue période de désintérêt, elle a été redécouverte depuis les années 90. Aujourd’hui, les jeunes réinvestissent ce patrimoine. L’expression de l’âme Amazighe passe incontestablement par les chants et la musique, qui sont les deux composantes d’une littérature orale qui se transmet de génération en génération depuis des siècles dans les montagnes marocaines. A travers la littérature orale, les femmes ont toujours inspiré le plus grand respect de la part de leurs collectivités.

L’histoire nous apprend que les femmes Amazighes participaient aux décisions touchant la famille, les droits du patrimoine, et l’éducation. C’est à elles qu’est toujours revenu le droit de préserver les traditions culturelles de leurs peuples. Le travail des hommes et des femmes était nettement distinct, mais toujours reconnu d’égale valeur. Dans l’histoire ancienne , les femmes Amazighes ont occupé une place importante et ont été quelquefois été à la tête de royaumes.

Le Savoir féminin Le savoir féminin se manifeste d’abord dans les pratiques divinatoires et thérapeutiques ainsi que dans production intellectuelle.

Pratiques divinatoires et thérapeutiques Les femmes marocaines, de par leur fonction de mères et d’éducatrices, ont aussi détenu les secrets des pratiques divinatoires et thérapeutiques depuis la nuit des temps. Ces pratiques sont issues de nombreuses traditions ancestrales qui ont commencé avec le Néolithique Capsien et qui se sont vues enrichir siècles après siècles par des apports mésopotamiens, égyptiens, grecs, romains, juifs, arabes... Il est important de souligner que ces pratiques révèlent autant de dexterité intellectuelle que le savoir des livres.

Linda Alcoff, philosophe contemporain de renommée, a bien démontré que le savoir pratique des femmes est aussi « élevé » que le savoir dit « lettré ». Les femmes Amazighes ont toujours été des parfaites médiatrices. De par leur rôle de ’pilier’ de la maison, les femmes Amazighes ont toujours été les garantes de l’âme et de la culture Amazighe.

L’homme, lui, s’adonnait aux activités de la chasse, à l’extérieur du village, la femme a eu le loisir d’observer la nature et de la cultiver, d’assister aux naissances et l’évolution de la vie, d’observer chaque domaine des règnes naturels- animal, végétal, minéral et éthéré (vents, nuages, brumes, air)- étant censé être animé par un esprit agissant qui lui est propre, dont il faut s’attirer l’approbation et la protection, savoir vivre en toute harmonie avec lui et être capable de déchiffrer son langage et ses présages : le vol de l’hirondelle, les filaments de laine accrochés à la branche, le changement du vent ou de la couleur du ciel, les traces laissées par l’animal sur le sable, sont autant de messages adressés à l’Homme pour le prévenir et lui indiquer sa marche dans la vie et les dispositions à tenir.

Femmes amazighes : Porteuses du patrimoine culturel amazigh

Ce qui apparaîtra anodin, superflu ou relevant d’un folklore désuet aux yeux du profane, par exemple des motifs géométriques peints sur une poterie quelconque, un tissage discret ornant un tapis ou le revers d’un burnous, un motif particulier ornant un bijou ou quelque dessin au henné ou la forme d’un tatouage aura une signification toute particulière pour l’initié, car tous ces symboles possèdent un signifiant riche de sens et utilisent un vocabulaire codifié, qui est la trame solide et permanente de tout un peuple et sa culture, son essence profonde, encore plus résistante face aux modes et aux assauts du temps,un repère face aux bouleversements religieux et historiques.

L’ensemble de ces symboles et motifs exprime effectivement la forte unité culturelle de tout un peuple, comme signes de reconnaissance parmi les membres d’une vaste famille ils permettent de reconnaître à certains détails particuliers l’appartenance régionale ou sociale de celui qui les porte.

C’est dans cette tradition toute agraire que se situe l’art de la prédication amazighe, qui, rappelons- le, puise toute sa force, son originalité et son expression dans la vie agricole et pastorale ; contrairement à l’astrologie mésopotamienne, qui a donné naissance à l’astrologie occidentale, et qui sont toutes deux basées sur l’observation des astres, par opposition à la divination orientale, surtout arabe, qui identifie la vie humaine à un combat et qui utilise une symbolique guerrière ( les armes ), la prédication amazighe est chargée d’une symbolique toute pacifique, rationnelle, empruntée à la nature et à la vie quotidienne.

Le savoir des femmes : une différence résurgente En plus du travail matériel physique, le savoir féminin concerne aussi la production intellectuelle. Dans la littérature marocaine, les textes faisant état d’un savoir spécifiquement détenu par les femmes, transmis entre elles de façon orale et constitué par un corps de croyances et de « recettes », sont nombreux.

Exemples Un premier ensemble de textes, élaboré dans l’Anthologie « Les femmes écrivent l’Afrique » qui sortira en 2006, ces traditions nationales/locales, précisément, quelles sont-elles ? Si l’Afrique du 21e siècle est partout confrontée aux mêmes questions (les femmes, la croyance, le peuple, le monde rural), les modalités selon lesquelles elles reçoivent un traitement spécifique diffèrent (ou convergent) d’un pays, d’une région, à l’autre ; ces œuvres sont écrites, traduites ou adaptées, par des hommes qui posent sur le savoir des femmes un regard oscillant sans cesse entre fascination et distanciation ironique. Elles nous disent toutes quelque chose sur les rapports homme-femme tels qu’ils se redéfinissent à travers les siècles.

La notion de savoir féminin, valorisé en tant que savoir empirique de haute tradition, se retrouve chez les médecins qui, tout en corrigeant les « erreurs populaires » ne manquent pas d’y reconnaître une part de vérité, une vérité qui n’appartient qu’aux femmes, bourgeoises, servantes ou paysannes. Ailleurs, on trouve aussi, à coup sûr, des allusions, voire des descriptions, de ce savoir féminin.

La voie qu’empruntent les auteurs et adaptateurs du « cycle des quenouilles » n’est pas la seule et on peut supposer que de nombreuses littératures en Europe gardent la trace de ce savoir féminin, avant que, à partir d’un certain moment qui varie en fonction des situations locales, il ne se trouve tout à fait socialement (et littérairement) dévalué, relégué dans le « peuple » auprès duquel les ethnologues de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle le recueilleront, y reconnaissant parfois une spécificité féminine, liée à la maîtrise des événements du corps et des rites biographiques. Les modalités propres à ces autres espaces méritent d’être aussi.

Il s’agit ici de mettre en relief les thématiques portées par des écritures de femmes marocaines, publiées dans les années 90. Thématiques en relation directe avec le réel marocain. Il ne sera pas tenu compte des genres - romans, journaux « de bord », essai... - en tant que tels dans lesquels ces expressions paraissent (ou prétendent paraître), ni de leur qualité littéraire... Le propos est de porter l’attention sur ces écrits en tant que documents forts témoignant de leur temps, de la société qui les a impulsés. Société où se joue, violemment, passionnément, des enjeux essentiels.

La culture Amazighe a bel et bien survécu jusqu’à nos jours bien que la langue Amazighe n’a jamais été la langue officielle d’un état central, n’a pas été soutenu par un livre sacré, et a du faire face à des langues beaucoup plus puissantes politiquement comme le Phoenicien, le Punique, le Latin et l’Arabe. Cette survie, nous la devons aujourd’hui que l’Amazighe est reconnu officiellement beaucoup plus aux femmes qu’aux hommes.

Par Fatima Sadqui. Porteuses du patrimoine culturel amazigh vieux de 5.000 ans : Les femmes ont toujours été de parfaites médiatrices
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Porteuses du patrimoine culturel amazigh vieux de 5.000 ans : Les femmes ont toujours été de parfaites médiatrices
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